Pas de ville durable sans efficacité énergétique
Pierre Guyard, vous connaissez bien les collectivités, en tant qu’opérateur de solutions énergétiques mais aussi qu’élu local. À quel défi sont-elles confrontées ?
PG: « Elles sont face à une équation complexe. Elles doivent continuer de développer leur territoire, par la construction de logements en particulier, mais sont aussi invitées à limiter l’impact environnemental de ces opérations. Le tout dans un contexte budgétaire tendu, c’est une situation délicate ! »
Vous semblent-elles bien armées pour dépasser ces contraintes ?
PG: « Oui, de plus en plus. Les associations d’élus, les services de l’État, les territoriaux les aident à mieux prendre conscience de ce qu’elles peuvent faire. Mais un aménagement durable, un éco-quartier par exemple, impose un management transversal très atypique, auquel les décideurs ne sont pas encore habitués. Foncier, patrimoine, réseaux, déchets… ce sont de nombreux « champs » à inclure dans le projet, et le maire (ou président d’EPCI) est tenu de s’entourer des compétences de ses agents, mais aussi d’acteurs, comme les bailleurs, promoteurs ou opérateurs comme Cofely ».
Vous évoquez les éco-quartiers. Que représentent ces espaces dans la ville du futur ?
PG: « C’est le fer de lance d’un aménagement durable. Le besoin est là, les citoyens et l’État aspirent à ce nouvel habitat ou urbanisme, très économe des ressources et qui déploie une forte « intelligence fonctionnelle ». Les idées force de l’éco-quartier : consommer le moins possible de ressources, recycler le maximum de déchets, et limiter encore plus les rejets finaux -la mixité sociale en plus. Les éco-quartiers, c’est la ville réinventée, et nous sommes prêts à aider les élus à les faire naître, d’un quartier existant ou d’une friche, en tant que partenaire, délégataire ou fournisseur ».
Vous participez à des projets d’éco-quartiers, comme à Limeil-Brévannes (17529 habitants, Val-de-Marne). Comment cela s’est-il passé? PG: « Le maire, Joseph Rossignol, avait une idée claire de ce qu’il voulait faire, à savoir densifier de 1 000 logements une parcelle de 9 hectares avec une production d’énergie, liée à la consommation future des logements, sans aucune émanation de CO2. Cofely lui a proposé un mix énergétique « bois¬solaire-huiles végétales (non alimentaires) ». Les travaux de terrassement sont en cours. Nous accompagnons de nombreuses villes dans des demandes de ce type, comme récemment Aubenas (lire ci-contre). À travers ces projets, on voit que l’aménagement durable n’est ni une utopie, ni l’exclusivité des grandes agglomérations ».
Cofely gère des solutions énergétiques «locales et renouvelables», comme par exemple la géothermie. En quoi vous distinguez-vous d’autres opérateurs?
PG: « Nous avons l’expérience de ce qu’on appelle l’efficacité énergétique, les deux sociétés dont Cofely est issu, Elyo et Cofathec, ayant œuvré à la diminution des coûts énergétiques des installations pendant plus de 10 ans l’une et l’autre. L’autre de nos points forts est la capacité de Cofely à optimiser le « bouquet » énergétique mis en œuvre dans une commune. Concrètement, si en mi-saison, à Limeil-Brévannes, l’ensoleillement devient plus fort, nous diminuons automatiquement la consommation de bois ou d’huiles. Autrement dit, nous utilisons « la bonne énergie au bon moment ».
Cette capacité n’est pas le lot de toutes les entreprises, elle fait partie intégrante d’une expertise acquise au travers de nos 3 000 contrats noués avec des collectivités ».
Vous êtes aussi conseiller d’une ville de 16200 habitants en Ile-de-France. Que cela apporte-t-il à vos échanges avec des collectivités?
PG: « Le mandat me rappelle que leurs problématiques sont complexes, et que nous, opérateurs, devons toujours, absolument, offrir simplicité, innovation et réactivité. Il m’a aussi montré à quel point les questions de déchets et d’énergie sont cruciales, presque politiques, et doivent être intégrées dans le projet territorial. Ce qui nous impose, toujours à nous, opérateurs, de globaliser les enjeux. Nos réponses doivent être techniques, mais aussi politiques. C’est pourquoi Cofely intègre des éléments, notamment d’insertion sociale, dans ses offres, en veillant par exemple à trouver ses salariés et ses fournisseurs au plus près de la commune ».
Propos recueillis par: Arnaud Minuit
| | Parole d’élu | |
| | Jean-Pierre Constant, maire d’Aubenas (11 045 habitants, Ardèche), a signé un contrat en mars avec Cofely pour la réalisation d’un réseau de chaleur au bois : Quelle orientation traduit pour votre commune la signature de ce contrat ? C’est un projet fort et exemplaire pour la commune d’Aubenas et son bassin. Il traduit l’engagement pris par l’équipe municipale : agir pour le développement de la commune sans compromettre la qualité de vie. C’était le préambule à ce qu’on nomme aujourd’hui le Développement Durable. Mes racines albenassiennes auxquelles je suis particulièrement attaché et ma profession d’agriculteur ont ancré en moi l’obligation en tant qu’élu de terrain de mener à bien des dossiers forts qui nous engagent à respecter le territoire. Favoriser le développement économique c’est assurer l’emploi, la création de richesses donc la vie sur le territoire ardéchois. Il faut donc utiliser le progrès de façon pertinente et en l’orientant vers le développement durable. Nous développons par exemple les réseaux de transport en commun, c’est un choix important pour un territoire enclavé sans structure ferroviaire. La réalisation d’un réseau de chaleur au bois et d’une chaufferie assurera une dizaine d’emplois pérennes et contribuera au développement de la filière bois locale. Mettre l’accent sur les énergies renouvelables, c’est aussi faire prendre conscience de leur efficacité. Le réseau de chaleur au bois d’Aubenas alimentera l’équivalent de 3 000 logements. L’objectif est aussi de faire bénéficier l’ensemble des acteurs d’une énergie concurrentielle dont l’indexation des prix sera maitrisée localement et quasi déconnectée de la volatilité des prix des énergies fossiles. Notre réseau, REVIA, nous permettra également l’économie en CO2 du parc automobile de la commune. Nous avons travaillé pour dimensionner le réseau de chaleur en associant localement différents sites publics (hôpital, lycée…) des espaces privés (clinique, entreprises…) et un quartier en rénovation urbaine. Ce projet a été l’occasion d’une réflexion des élus pour engager la rédaction d’un Agenda 21 associant la population et les agents de la ville. Aubenas en sa qualité de ville centre accueille plus de 7 000 scolaires. La ville souhaitait donc associer les plus jeunes à ce travail sur le développement durable et la maîtrise des énergies. C’est pourquoi nous avons fait le choix d’intégrer une Maison des énergies dont l’objectif prioritaire sera son rôle pédagogique. Ce projet est donc un signe fort pour la commune, son agglomération, le département et la Région Rhône-Alpes. Il montre que les villes moyennes peuvent avoir une politique énergétique locale en phase avec les orientations des politiques nationales et européennes. C’est aussi par les choix de nos gestes au quotidien que nous devons agir concrètement pour l’environnement et pour la planète. | |
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